Problématique « Numérique, éducation Citoyenne » (2013)

William Aumand – Mars 2013

 

Problématique Rapport de Stage

 

Au cours de mes audits, au sein du lycée, j’ai rencontré plusieurs professeurs qui ont un sentiment à la fois d’imposition et d’abandon. On leur impose l’utilisation de logiciels ou outils numériques spécifiques mais ils ne sont que très rarement formés. Quand bien même c’est le cas, c’est réalisé avec des pédagogies brutes et trop scientifiques, pas forcément une bonne idée pour un public curieux mais pas forcément aussi technicien ou technophile que le formateur.

La technologie évoluant rapidement, et le lycée ne suivant pas au même rythme, on en arrive à des césures assez violentes. Je parlerai même de schisme entre l’éducation et le numérique. Je ne considère pas qu’il s’agit d’une rupture vis à vis d’une quelconque génération numérique, car le lycée souhaite réellement faire parti de ce mouvement mais il n’y met pas les moyens nécessaires et ne respecte pas les codes d’usage du numérique, à savoir tenir dans l’accélération des découvertes techniques et des usages qu’on en fait.

Difficile mission, alors, pour l’Education Nationale de suivre le mouvement, mais ce n’est pas suffisant, le risque de perdre le rythme est permanent, l’enjeu est alors de prendre les devants. Si le numérique est un train, le conducteur doit venir de l’Education Nationale.

Avoir des outils, c’est bien, mais une fois qu’on a les outils en main il faut savoir les utiliser, les rendre accessible et leur donner tout un sens permettant aux élèves et aux professeurs d’apprendre, de créer et de proposer d’autres usages que dans le monde civil. Cette redirection des usages permettra non seulement de gagner cette bataille (du rail) numérique, mais surtout de maitriser, de comprendre, d’innover et devenir un référent en matière du numérique.

On en est bien loin, mais cette démarche s’inscrit par un passage de remise à niveau global tout en proposant des initiatives de développement collectif autour du numérique.

Un exemple d’appropriation du numérique possible et imaginé aux travers d’audits faits avec des lycéens :

Proposons que, sous accompagnement, les lycéens développent et maintiennent le site internet de leur lycée, on y apprend de nombreuses compétences pluridisciplinaires dans le développement d’un site Web. Chaque année il y a moyen de passer le flambeau et d’améliorer le site et l’image extérieur de son établissement à l’aide d’outils sur les nouvelles techniques de développement et d’usage du numérique comme récemment avec l’importance des réseaux sociaux. Chaque élève rajoutera sa pierre à l’édifice du numérique par l’impulsion et le biais de leur parcours scolaire.

L’Education Nationale a tout à gagner que nos chères têtes blondes apprennent le numérique tout aussi naturellement que l’apprentissage de l’éducation civique. Il faut ancrer le numérique comme mission républicaine et citoyenne dans la continuité du décret n°2006-830 (voir *1), permettre de définitivement réduire les écarts de fracture sociale que peux maintenir le numérique. On n’a jamais eu autant de difficulté à communiquer entre nous depuis les nouveaux moyens de communication. Cette schizophrénie s’explique en partie par une éducation numérique inexistante où de nombreuses notions humaines et sociales importantes se retrouvent souvent mal dirigées. Citons par exemple le rapport au réel, la société des visibles et des invisibles, la culturel de la transparence médiatique et de la surreprésentation médiatique. Le rapport à l’humain a énormément évolué ces dernières années. Je pense que le numérique est l’outil qui a le pouvoir de remettre sur le devant le contact humain. Mais l’individualisme dont fait preuve cette société libérale à tendance à séparer plus qu’à rapprocher.

Je ne partage pas totalement l’optimisme (*2) de Michel Serres dans Petite Poucette. Je pense que son espoir est indispensable mais on est encore bien loin d’une société égalitaire que met en avant la « démocratie du savoir ». Nous sommes pieds et mains liés aux faiseurs d’opinion car il manque cruellement l’analyse critique des médias et des politiques durant notre apprentissage scolaire du primaire au secondaire. Pour éviter toutes dérives, on peut enseigner sur le ton de la neutralité et comprendre les enjeux des sciences de l’information et de la communication.

Il y a alors un besoin réel que doit combler l’Education Nationale. Dans un souci de lutte contre les discriminations, il ne faut pas laisser le développement du numérique qu’aux mains d’intérêts privés. Soyons soucieux de nos valeurs citoyennes et n’ayons pas peur de la culture numérique, comme indiqué dans L’Ecole au défi du numérique Pour une éducation citoyenne de François GRANIER. Il faut un socle commun de connaissances ou de critiques autour du numérique. Il faut tout simplement que l’Education Nationale prenne concurrence dans le développement du numérique et la formation de la population aux enjeux d’être et de vivre dans ce monde de plus en plus soumis à la loi de l’accélération. Chaque année perdue est une année dans laquelle on ne forme pas le futur citoyen sur une éducation citoyenne qui prend en compte les réalités présentes telles que l’importance du numérique dans notre société.

 

En matière de numérique, comment peut-on améliorer l’éducation citoyenne ?

 

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Apport d’information (*1) :
L’éducation à la citoyenneté concerne tous les publics, et fait l’objet d’une attention particulière de l’Education Nationale : « les compétences sociales et civiques inscrites dans le socle commun de connaissances et de compétences, défini par le décret n°2006-830 du 11 juillet 2006 doivent pouvoir s’appuyer sur le développement d’un « parcours civique » qui permet à l’élève de prendre conscience de son statut de citoyen, de ses droits et devoirs et du lien indissociable entre la liberté et la responsabilité.
Ce parcours se fonde, entre autres, sur les événements et activités qui permettent de mettre en œuvre dans les écoles et les établissements scolaires un ensemble d’itinéraires de citoyenneté. »
Source : http://www.vedura.fr/social/education/education-citoyennete

Apport d’information (*2) :
Comme indiqué dans le journal La Croix avec l’opinion de Michel Serres : D’une « société du spectacle à sens unique », on passe à une société pédagogique. Se libérant des faiseurs d’opinion (médias et politiques), une « nouvelle démocratie du savoir » est en marche, qui devrait déboucher sur une société plus égalitaire. »
Source : http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences/Sciences/Petite-Poucette-pour-Michel-Serres-la-jeune-generation-va-tout-reinventer-_NG_-2013-01-15-899192