Fiche de lecture : Fabrication de l’info (2012)

 

Fiche de lecture :

 

La Fabrication de linformation

Florence Aubenas et Miguel Benasayag

 

 

 

Travail préparatoire :                                                                                                                      3

Introduction :                                                                                                                                   3

Première partie : L’influence et le pouvoir des médias.                                                          4

Un pouvoir utile.                                                                                                                             4

Les limites du pouvoir.                                                                                                                  4

La révolution ratée.                                                                                                                        5

Deuxième partie : L’idéologie de la transparence.                                                                  6

La transparence, une lutte journalistique pour le bien.                                                         6

Dérive de l’idéologie de la transparence.                                                                                   7

Une tentative vaine, mais laissons faire le temps.                                                                   7

Troisième partie : Le visible et les invisibles.                                                                           8

Être visible pour être aidé.                                                                                                           8

La visibilité est source de conflit.                                                                                                8

La transparence est un isoloir.                                                                                                    9

Dernière Partie : La représentation et le réel.                                                                          9

La représentation catalogue la société.                                                                                      9

La société ne croit plus au réel, dissimulé par la représentation.                                       10

La représentation paraît viable aux yeux de la société.                                                         10

La peur et l’isolement renforcés par la représentation du réel.                                           11

Pour conclure :                                                                                                                              12

Annexe                                                                                                                                            13

 

Travail préparatoire :

Florence Aubenas et Miguel Benasayag, La Fabrication de l’information, Paris, Editions La Découverte, 1999.

Il s’agit d’un essai théorique sociologique et journalistique.

Le thème : Le pouvoir de l’idéologie de la communication dans notre société médiatisée.

La thèse : Quel est l’influence de l’information dans la représentation et le rôle du journalisme sur les rapports sociaux dans notre société du monde réel ? Pouvons nous dire que la représentation fait de l’ombre sur le réel ? Si oui dans quelle mesure et comment y faire face ?

 

Introduction :

Nous avons ici une collaboration de deux personnalités propres. Florence Aubenas est une journaliste française de terrain principalement spécialisée dans tes thématiques de conflits armées au Moyen Orient. Miguel Benasayag est philosophe, psychanalyste, chercheur en épistémologie et connu pour son passé d’ancien résistant guévariste franco-argentin. Ce sont tous les deux des professionnels engagés sur les thématiques sociales et le rôle que peut avoir une information sur les individus. Dans La Fabrication de l’information, publié à Paris aux Editions La Découverte en 1999, on assiste à un essai théorique sociologique et journalistique rédigé par la mutualisation d’idées de nos deux auteurs. Nous verrons, par la suite, dans quelle mesure l’ouvrage est plus essayiste que scientifique. Autre interrogation, on a plutôt l’habitude de lire un livre avec un auteur et non plusieurs comme c’est le cas ici. Ceci permet d’avoir une vision multiple de la lecture et on retrouve par ci par là des idées propres à Benasayag de part son engagement militant et d’autres que l’on ressent comme poussées par Aubenas de part son analyse journalistique.

Nous tirons de la lecture de ce livre une thématique que j’appellerai « Le pouvoir de l’idéologie de la communication dans notre société médiatisée ». Après analyse des différentes thématiques possibles, un questionnement important ressort des écrits de Benasayag et Aubenas : Quelle est l’influence de l’information dans la représentation et le rôle du journalisme sur les rapports sociaux dans notre société ? Pouvons nous dire que la représentation fait de l’ombre sur le réel ? Si oui dans quelle mesure et comment y faire face ? Qu’est ce que la transparence dans le monde médiatique ? Et que peut-on dire du monde visible et des invisibles à l’ère de la communication ?

Nous allons axer les éléments pertinents du livre autour de 4 thèmes. Dans un premier temps on parlera du journalisme, un monde de pouvoirs d’influence, prisonnier dans l’attente d’une révolution. Dans une deuxième partie nous verrons le culte de la transparence, une idéologie et une arme au service de l’information. Dans une troisième partie on s’attardera sur le monde visible et les invisibles. Dans une quatrième et dernière partie nous reprendrons ce qui est dit sur la place de la représentation et du réel dans notre société.

Nous verrons quelles sont les conclusions émises par les auteurs et quelle est la réponse apportée à la problématique de cet essai.

Pour finir j’apporterai quelques précisions en émettant mon avis sur cette lecture, quelques critiques, et un élément de travail actuel sur cette thématique toujours d’actualité mais parfois pour des raisons différentes.

 

Première partie : L’influence et le pouvoir des médias.

Dans ce livre, Benasayag et Aubenas parlent principalement des journalistes. Ils ont un grand pouvoir.

Un pouvoir utile.

La presse est un univers en soi, avec ses codes, son langage et ses vérités.

Chaque journal à son style. Les angles de vue sont différents d’un journal à un autre. Et « Le reporter sait en effet l’irréductible part de subjectivité que comporte son travail » (p.16). Plus le drame sera proche du siège du journal plus facilement il sera couvert.

Il y a quand même des différences dans la presse, le journaliste de terrain et celui qui écrit depuis son bureau n’ont pas la même logique de travail, n’ont presque pas le même monde.

Durant la période de l’après-guerre le but étant de révéler, ce fut « pour la presse une gloire et un devoir sacré » (p.7). Mais certaines réalités sont dures à percevoir, prenons, l’exemple du charnier à Ceausescu en Roumanie. Va commencer alors la censure d’image des gouvernements dans certains pays. Et ce qui est vu ou entendu est désormais suspect aux yeux des journalistes. Il se crée une forme de peur.La presse a si peur qu’elle se méfie désormais d’elle même. Il y a désormais des experts en décryptage médiatique.

Les journalistes politiques sont un monde à part. Ils ont le pouvoir possible de changer des choses en politiques s’il y a une adhésion au monde de la représentation. A priori les interventions extérieures, pour épargner une personne lors d’une enquête, sont rares. Les journalistes font une telle pression que même si leur enquête n’est pas de bonne qualité elle peut passer pour que le chef de service ne soit pas accusé de vouloir étouffer l’enquête.

Les journalistes se protègent derrière la liberté et retrouvent leur dignité quand il s’agit de dénoncer des faits graves. Ainsi ils croient en leur influence, en eux même donc, et malgré tout dans l’idéologie de la communication. Ils peuvent tirer le signal d’alarme, c’est un grand pouvoir. Et c’est un moment de sincérité pour le journaliste.

Le signal d’alarme est en général fait en utilisant les situations passées comme rappel. C’est le cas avec la 2nd guerre mondiale. Cependant à l’époque ils ont du se passer de signal d’alarme.

Les limites du pouvoir.

Mais l’usage du rappel est une illusion, même en étant avertis cela ne change rien au déclic nécessaire qui n’est pas une question de représentation.

Malgré les similitudes de l’histoire passée on refait les mêmes erreurs. Il y a de fortes similitudes avec les rescapés d’Oradour en 1944 et les survivants kosovars en 1999 (p.91). Et les médias y sont impuissants. Le constat est qu’aujourd’hui cela ne marche plus pareil, la presse n’ébranle plus un empire. Qui choisit les actualités ? La plupart des lecteurs sont persuadés que les actualités ne sont pas spontanées. La conviction populaire qu’une chose est vraie « parce qu’elle est écrite dans le journal » (p.7) s’est inversée. On pense que les journalistes veulent nous faire croire quelque chose. On parle de fiabilité et les gens ne ressentent pas cette fiabilité de la presse. D’après certains intellectuels, plus besoin de lutte d’influence : gouvernants et hommes de médias appartiennent à un même monde. Chacun défend les intérêts et les décisions. C’est le cas pour les accords européens de Maastricht : les journaux l’ont soutenu comme la classe politique. Mais relativisons, c’est plutôt rare que des journalistes aient tant que coups de fils.

« Un seule choix reste absolument impensable : ignorer le sujet. » … « Du Canard enchaîné hebdomadaire satirique qui vit sans aucune recette publicitaire jusqu’à TF1 symbole de la chaîne commerciale la presse se retrouve aussi bien sur le choix des sujets que sur les ingrédients qu’elle y fait entrer » (p.14). On peut accueillir ou même railler une personnalité mais on en parle. « Cette apparente diversité cache bien un profond accord » (p.13). Ils parlent de la même chose, comme pour les élections sénatoriales américaines de 1999.

Le travail du journaliste est d’entrer dans le monde de la représentation. Cela vampirise les actualités. La presse donne une notoriété bien au delà de l’impacte de la vie des personnes mis en avant. Une subjectivité du journaliste qui peut s’avérer être un peu comme un immense journal intime. Le problème est quand « un journaliste va chercher quelqu’un pour symboliser une situation. Cela suppose … une conclusion déjà tirée. » et « Au lieu d’ouvrir une situation, de la faire rebondir, cette démarche la ferme. » (p.19)

Le journaliste est dans l’idéologie. « L’idéologie c’est quand les réponses précèdent les questions » (p.18) écrivait le philosophe Louis Althusser. Sur un plateau, le journaliste choisit ses invités autour d’un sujet choisit et parfois des réponses écrites. Lors de l’annonce des titres il faut mettre l’eau à la bouche du spectateur. Le dénouement d’un sujet est déjà ciblé. Cela arrive que par narcissisme le journaliste inverse le rôle et l’interviewé doit écouté l’avis et la vie du journaliste. Il arrive que certains interviewés soient rétifs. Mais le journaliste garde le pouvoir de diffusion et s’il lâche un « c’est complexe pour le grand public… » (p.29), l’interviewé ne sera pas entendu et son idée sera vite oubliée. Il faut se renseigner sur le journaliste, ce n’est pas l’inverse.

De toute manière il y a un tri de la presse entre l’anecdotique et l’important. Le journaliste doit être surpris. L’information est plus ou moins grave en fonction des préjugés du journaliste, on se retrouve à en avoir qui pense que c’est moins grave d’être violé en Turquie qu’en France car « banal » dans leur représentation de la Turquie. Du coup, le journaliste décide ce qui constitue l’information forte et l’information accessoire tout comme la presse qui parle de modèle minoritaire et de modèle majoritaire. Majoritaire est ce qui est dominant, minoritaire sera ce qui est négatif ou soumis.

La révolution ratée.

Le journaliste aime bien décortiquer le journalisme d’un autre pays mais il n’apprécie pas être à son tour décrypté. A la manière des psychologues ayant subis une étude psychologique de leurs soucis pour mieux comprendre leur métier, les journalistes devraient évaluer leur propre travail avec des critiques extérieurs sans avoir peur d’adapter leur métier.

Par la manipulation de l’image orchestrée par le journaliste, vu plus haut, ils cèdent à l’impatience et la reconnaissance. Il y a un problème du temps de l’accélération qui empêche au journaliste de ce poser et de réfléchir pourquoi et à quoi il aspire.

Internet ressemble à la presse d’autrefois. L’espoir pour « chacun d’entre nous d’accéder aux fameuses informations que les puissants tentent de nous dissimuler » (p.8) mais le journaliste l’utilise de la même manière que la presse traditionnelle.

« Le malheur des journalistes reste sans doute d’avoir alors collectivement raté leur révolution » (p.16).

 

Benasayag et Aubenas proposent une solution en cette fin de chapitre 2 : « on pourrait imaginer des médias qui ne seraient pas entièrement pris dans la reproduction des réflexes » (p.66). L’enjeu pour la presse est de comprendre en dépassant le monde de la représentation. Ce problème n’est pas résoluble en désignant des coupables ou en choisissant une nouvelle formule. La ligne de rupture passant par la presse sépare ceux qui s’accommodent de la néolibérale qui produit cette communication et ceux qui s’engagent dans vraie une alternative.

Comme le monde des historiens il y a quelques décennies, le journalisme doit opérer une révolution en son sein.

Cette rupture est nécessaire pour résister au monde spectaculaire de la communication. Le journaliste doit s’ouvrir à un monde utilitariste et non capitaliste, se rendre compte d’un monde multiple à des individus multiples, et parler de choses qui ne « représentent » rien (p.107).

 

Deuxième partie : L’idéologie de la transparence.

Nous voyons désormais le rôle de la transparence, une idéologie qui devient la norme de la communication. Mais est-ce un bien ? Sinon qu’en est-il des dérives de la transparence ?

La transparence, une lutte journalistique pour le bien.

De par l’idéologie de la communication, la presse doit répondre à la loi des W : « Why ? Where ? When ? Who ? » qui forme les règles de la transparence. « La transparence s’est aujourd’hui imposée comme la norme centrale de notre société. » et « La presse s’est fait le gendarme de cette norme. » (p.9). Cette norme crée des « fait » digne d’être communiqué (p.48). La presse y voit là un enracinement dans le réel. Promesse de la presse d’un monde explicable qu’un journaliste ne dira pas « je ne sais pas » (p.55). La presse prétend chercher des affirmations sans faille, tout en embrassant l’exhaustivité.

Il y a un moule de fabrication qui va transformer un évènement en une information qui sera ensuite rangée et évaluée. On voit que la transparence dans les média est utilisée comme une appellation contrôlée. Certains journalistes se méfient peu de ce qu’ils voient avec ses yeux car ça les rassure vu qu’ils ont besoin de visibilité. Une situation doit être limpide et sans ombre pour entrer dans le champ de la communication. Mais en général les journalistes savent désormais que ce n’est pas parce qu’on montre quelque chose que tout est vu. Il existe l’incertitude qui devient la seule voie possible pour la presse. Même si elle a gobé certaines manipulations, elle arrive à analyser une situation après coup permettant de décrypter tel ou tel évènement sous un autre angle que celui dit précédemment en moment de l’action. Le journaliste sait qu’il n’est pas forcément spécialisé et que le lecteur aussi. Il ne peut alors que se renseigner comme il peut.

Les journalistes sont des militants de la transparence, allant au dessus d’un militantisme politique dans un souci d’indépendance. Le parallèle avec des chevaliers blancs est fait : ils luttent pour protéger leur idéologie qui est la transparence. Et on peut dire que la transparence s’affirme comme la seule idéologie qui ne peut être trahie. Elle se retrouve dans une position différente de la politique classique. Chaque pays définit la limite à ne pas franchir sans quoi le scandale peut éclater. Dans le cœur d’un scandale, il y a une forme de catharsis dans la presse.

Les médias aiment la satire car c’est aussi une forme de transparence. Il y a une mise en avant de la critique. Les journalistes peuvent ainsi cumuler le rôle sérieux et celui de la parodie.

Dérive de l’idéologie de la transparence.

Mais la critique se laisse devenir à son tour un des éléments du spectacle. Ce qui donne « la critique spectaculaire du spectacle » selon les mots de Guy Debord.

Dans un tout autre registre, on découvre dans ce livre que « L’étalage médiatique de la force fait désormais partie de l’arsenal de répression » (p.8). Un pouvoir qui agit ouvertement dans l’injustice sera crédité de la transparence. L’idéologie de la transparence prend le dessus. Elle nous permet de supporter des situations anormales parce qu’elles sont expliqués et montrées. Et le scandale ne relève pas, bien souvent, de la faute morale ou autres écarts de parcours mais bien du fait de cacher une faute à la presse. Refuser la presse est devenu suspect car ne se pas dévoiler c’est se cacher. C’est se déclarer comme marginal et déviant, de se cacher du monde la communication, et on est soupçonné hâtivement de cacher quelque chose. Que ce soit du Charlie-Hebdo, TF1 ou Le Monde, pourtant avec des opinions sociales bien différentes, ils considèrent c’est que mal d’empêcher un journaliste de voir ce qu’il veut.

« Plus nous avons accès aux faits, plus nous nous noyons dans l’illusion » (p.52). Il y a souvent une avalanche de données contradictoires qui se renferme comme un piège. Que croire. Tout doit être explicable, transparent et si ce n’est pas le cas le journaliste comblera avec le l’information superficielle. La presse s’empêtre alors dans les demi-mensonges et les demi-vérités à cause de la hantise du ratage. Ils attendent une nouvelle information qui apporterait le vrai sur une affaire. Et ainsi de suite. Le risque est de tirer le signal d’alarme à tout va comme le font certains avec des news fraiches qui diffusent des nouvelles en boucle et en continue. De ce fait, ils manquent de recul sur ces nouvelles, les médias peuvent être manipulés. On a eu le cas avec un personnage fictif en citant l’exemple d’Hakim, un faux militaire algérien. Si quelque chose échappe, se cache ou manque, l’idéologie de la communication va alors tenter de forcer ceux qui savent à parler. Pourtant tout bon scientifique ou économiste dira qu’il ne sait qu’une partie infime des connaissances. Personne ne peut tout savoir mais les politiques essayent de donner l’illusion d’une maitrise imaginaire et universelle.

« Le savoir n’a pas évité la répétition » (p.94) ainsi la connaissance et la transparence ne garantie pas une réaction massive. Pire, le lecteur est de plus en plus friand de transparence à tel point que par frustration il pense qu’on lui cache tout et du coup il ne réagit à rien sur le long terme, il vit que dans l’évènementiel. D’une certaine manière il ne pense pas avoir le pouvoir d’agir sur tel ou tel situation ce qui explique qu’il se contente de regarder les news passer. On lit dans ce livre, un parallèle du monde de la communication avec celui du dépressif en psychopathologie. Il y a une sensation de forte lucidité chez l’homme communicationnel. Il finit par se figer dans l’immobilité.

Une tentative vaine, mais laissons faire le temps.

Les enquêtes des journalistes sont nécessaires pour l’information mais pas suffisantes pour une prise de conscience. Ainsi, en allant plus loin jusqu’au monde de l’éducation, certains déçus de constater que l’éducation n’est pas suffisante pour la paix et l’homme libre pense qu’elle n’est pas nécessaire. Ceux là abandonnent trop vite car le nécessaire prend du temps pour être construit. Et on sait bien que le nécessaire ne sera pas suffisant mais le suffisant à besoin du nécessaire dans sa construction.

 

 

Troisième partie : Le visible et les invisibles.

Une chose dont on peut être intimement sûr, c’est que la communication sépare plus qu’elle n’aide. Nous avons d’un côté le monde visible et de l’autre l’invisible. Les raisons pour être visible sont multiples et parfois compréhensibles au point d’être utiles.

Être visible pour être aidé.

On apprend que ce qui à le plus marqué le siècle qui s’achève c’est la communication, devant toutes les formes de guerres et de faits historiques. La communication aurait un intérêt plus marqué dans la société et elle est garante de notre société libérale où le modèle de réussite passe par l’utilisation médiatique.

Le passage dans les médias est un rite de passage peu agréable pour accéder du monde de invisibles à celui des visibles. C’est comme le prisonnier échappé de la « caverne » de La République de Platon (p.30).

La preuve d’existence est donc de passer à la télé. Pour chaque lutte on a besoin de visibilité pour rendre la lutte « sérieuse » et même pour les plus marginaux (p.31). Fait surprenant, l’intensité du drame et la douleur se mesure au nombre de caméra. Cette dynamique crée une véritable subjectivité de notre époque. La vie s’ordonne autour de cette promesse de visibilité. Pour un cyclone on compte avant tout le bilan, son nombre de mort. Ceci mesurera la couverture médiatique alors la plupart du temps les chiffres sont d’abord gonflé puis dégonflé quand la presse a fini de traiter le sujet. « La souffrance, la joie, l’injustice continuent d’exister dans le monde invisible mais, si elles n’accèdent pas à leur représentation, elles semblent soudain d’un éclat moindre » (p.32).

Le langage muet de la perception normalisée est présent dans les médias. La perception normalisée fabrique le sens commun. Mais c’est la porte ouverte à un sens commun fabriqué de toute pièce par les médias. L’individu doit prendre du recul sur les ressentis que lui fait l’annonce d’un sujet. Il a un travail de réflexion et de mémoire à faire, contraire au monde accéléré de la communication, pour ne pas être mené en bateau par le sens commun des médias et donc de la société.

Dans notre société de communication la satire a un effet contraire car plus on est critiqué, plus on est vu, plus on sera au final populaire. J. Chirac en a d’ailleurs profité. Et ces dernières années avec la mise en avant du « Buzz » on voit arriver une multitudes de gens mettant toute leur économie dans le seul but de passer à la télé et ainsi être remarqué, vu, et espèrent que leur carrière démarrera ainsi. Mais ce n’est pas toujours apprécié, ça arrive d’être craint par des dirigeants et même critiqué par des intellectuels. Mais au final ils se plient devant l’objet de leur désir : la visibilité.

La visibilité est source de conflit.

La guerre froide a divisé le monde en deux mais désormais il est réparti en citadelles barricadées et intouchables. On a d’un coté des mondes intouchables et de l’autre des pays no man’s land. Le danger n’est plus une question de front extérieur comme à l’époque de la guerre froide mais c’est un souci à l’intérieur des citadelles comme l’exemple de la drogue, les étrangers, les maladies, les SDF etc. Cela motive la rigidité des gouvernants vu que le catalogue des menaces est étendu, voire infini.

Les no man’s land, de part leur obscurité, sont le lieu où on amoindrit la gravité des situations. On se dit que vu la représentation qu’on a du pays « ça doit être normal ».

La presse militante, voir satirique, produit des automatismes « Alternatifs » c’est à dire face à une même image, comme celui du mariage de deux homosexuels, il va y avoir une réaction contraire d’un journal à un autre mais dans cette lutte on parlera toujours de la même chose, sans rien voir en dehors.

La transparence est un isoloir.

Dans cette lutte pour la transparence et contre l’obscurité, cela produit justement de l’opacité et de la violence croissante. A la manière d’une pièce de théâtre le projecteur en restant sur une partie de la scène n’éclaire pas le reste qui reste dans l’ombre. Le lecteur a le sentiment que sa vie se passe du coté du virtuel. La notion d’intégration est née de ce constat.

Constat qui est le même pour les gens qui, au nom du profit, détruisent l’environnement et le monde. Ils vivent dans une séparation avec le réel.

L’individu est devenu un personnage qui se sent à la fois central et seul, les autres sont pour lui des figurants. L’environnement n’est alors qu’un simple décor. Nous vivons dans le virtuel. L’individu voit en la communication l’unique moyen d’entrer en contact avec les autres. Le nouvel idéal de chaque secteur de la société c’est d’apparaître. Diffuser serait désormais le but et le contenu serait qu’un intérêt secondaire.

 

Dernière Partie : La représentation et le réel.

La société est perturbée par ces nouvelles normes. La représentation a désormais plus de poids médiatique et politique que le réel. Pourtant la représentation présente des risques important pour notre socialisation et notre rapport au monde.

La représentation catalogue la société.

Une problématique est d’abord transformée en « fait » avant d’apparaître dans les informations. Mais également, en exigeant du quantifiable, le monde de la communication suscite une guerre des chiffres que plus personne ne maîtrise. Il y a là un appauvrissement de l’information par une mauvaise méthodologie journalistique.

La presse aime convoquer des inconnus comme sur une scène de spectacle. Les interviewés sont stigmatisés dans leur identification, exemple du « jeune de banlieue » ou du « chômeur » (p.17). Le journaliste veut juste une image, ce n’est pas l’éleveur de porc ou le jeune en soi qui l’intéresse c’est le personnage. Il est écrit que « Les acteurs tournent et le rôle reste » (p.18). La presse leur tend un micro pour entendre le discours qu’elle attend d’eux. Il y a une réduction de la multiplicité des voix possibles à une parole, immédiatement identifiable par leur rôle qui reste le même quelque soit l’interviewé. De plus, ces personnages sont mis en scène, on leur dicte leur mise en scène. Un Rmiste on attend un bafouillement et il apparaît plus crédible en survêtement qu’en costume.

Le journaliste va chercher à trouver ce qui l’intéresse et il a pour obsession de trouver l’élément qui explique et représente la situation. C’est le cas de la condition des femmes ou la liberté de la presse en Iran (p.37). Il s’agit là d’aiguiller le regard. Alors, la presse est tentée de désigner des porte-parole « sauvages » quand elle ne trouve pas de représentant dans le modèle journalistique. Et cela crée des erreurs comme l’exemple de Tarzan, le chauffeur de poids lourds en grève qui est lui aussi une représentation crée par les médias.

Quand le discours de l’interviewé devient trop réel et donc trop complexe, « Au lieu (…) de faire surgir quelques instants de sincérité ou de vie, la discussion vire à la caricature, où la presse renvoie le pire d’elle-même » (p.19).

La représentation, de part sa simplicité de jugement et d’information, ne nous permet pas de connaître la vie d’une nation toute entière, il y manque la complexité du réel.

La société ne croit plus au réel, dissimulé par la représentation.

Le constat est que plus on est en contact avec le monde virtuel plus on s’éloigne des lieux réels où on pourrait pourtant agir. La presse nous informe de cas graves mais beaucoup ne voit rien, ou ne veule pas le croire, comme si connaître la réalité serait trop dur à vivre.

On revoit souvent la justification de ce qu’on ne cherche pas à savoir en disant « ça doit être pour quelque chose » (p.99). Certains vont alors qualifier de lâcheté cette attitude de ces citoyens qui ne réagissent pas à la barbarie. Mais c’est tout aussi lâche de ne rien faire en se pensant impuissant mais en revendiquant que la « mondialisation » est le mal, que la montée du Front National est dangereuse. Il ne s’agit pas que de dire les choses il faut agir.

Il est plus facile de critiquer que de proposer des idées et critiquer tout ce qui se déroule sous leurs yeux. C’est ce que font les gens. Or en s’éloignant de la réalité on a perdu l’impression d’avoir sur elle une emprise. « Tout est possible, mais rien n’est réel » (p.84) alors que le réel dit que tout n’est pas possible. Donc agir est difficile voir impossible dans cet état.

« Aujourd’hui, on ne triche plus pour faire croire, on triche pour faire voir. Il ne s’agit plus de jouer avec le fond mais avec la forme » (p22). Il y a des reportages crées en studio qui paraissent très vrais et qui nous paraissent être même mieux fait que le réel. Aubenas, par ses connaissances internes aux médias, décrit une fonction fondamentale de la presse : évoquer des liens, des articulations, des causalités entre des choses qui n’ont pas de lien. La presse va jusqu’à appeler ça « connaître son dossier ». « Le débat se déplace autour d’un nombre abstrait et non plus d’une situation concrète. Et une fois encore, le réel s’éloigne » (p.48).

Si elle ne tolère pas les zones d’ombre, la presse supporte de moins en moins le réel. Quand ils ne comprennent pas un évènement (exemple d’un génocide) les journalistes parlent de « folie » (p.58). En épistémologie on appelle ce phénomène un simulacre, un mécanisme qui vise à contourner les difficultés que le réel oppose au modèle. Ce rapport conflictuel entre le réel et les grilles de compréhension provoque des dépressions nerveuses dans la presse. Quand un journaliste s’immerge trop dans un sujet il a le risque de ne pas accepter qu’un événement vienne bouleverser sa vision du monde. Au lieu de remettre en cause sa grille d’analyse, le journaliste a tendance à remettre en cause de réel.

Le sociologue Emile Durkheim pense que les situations ne peuvent s’expliquer qu’en surface, dans la seule dimension d’un lien de cause à effet. Or, la représentation est un formatage. L’utilisateur souhaite pourtant cette forme de formatage. La lenteur des informations qui viennent d’une pensée critique absolue ne plait pas.

La représentation paraît viable aux yeux de la société.

Il arrive que le journaliste cherche à mieux comprendre et faire mieux comprendre, face à la complexité il construit des modèles qui ont pour fonction de permettre un rapport pratique avec le réel. Mais le culte de la représentation reprend vite le dessus. La communication n’est pas juste un moyen, elle est aussi son ossature, sa structure. La figure du bien c’est désormais le fait de communiquer (et non ce qui est communiqué), c’est à dire d’accepter la norme de la représentation.

Chaque passant connaît grosso modo les règles de la communication. Dans la situation, par exemple, de la venue d’un reporter en banlieue, alors que la cité était calme, les « jeunes de banlieue » passent très vite dans le mode de la communication avec bras d’honneur jusqu’à bruler une voiture. Or ils agissent par une représentation de la violence, l’exemple du film la Haine. Mimétisme. « Décrochées de la réalité qui les a fondées, les images diffusées par les médias sont devenues la référence » (p.24). La représentation paraît plus vraie que le réel.

Nous participons tous au monde de la communication, il ne s’agit pas que de journalistes. Nous recherchons une « couverture médiatique » et même si on sait que « les journaux reflètent moins la réalité que la représentation qu’ils en ont créée ». Passer à la télé est devenu une étape acceptée pour qui veut exister.

« La représentation est bien un des éléments du multiple, mais, à partir du moment où elle est prise pour le monde, elle devient une illusion » (p.38). La lecture de la presse permet de vérifier comment l’opinion publique adhère ou se détache des mythes centraux de la société.

Certains sujets ne sont pas traités et exclus de la norme car « La presse parle ce dont le public parle. Et le public parle de ce dont la presse parle » (p.93). Pour s’intéresser à un pays qui sort de la norme il faut trouver une chose qui puisse s’emboiter dans un des modèles du monde de la presse comme un fait surprend, un record, etc. On y lit un parallèle avec La cantatrice chauve d’Engène Ionesco (p.41) pour avoir la méthode de sélection d’un élément du réel pour en faire une représentation au Journal Télé. Les gens ont plein d’idées qu’ils défendent sous couvert de liberté et le monde de la communication permet toutes ces pensées dans un monde unique et non une « pensée unique » (p.83). Cela nous paraît surprenant car dans l’habitude de consommation du média on regarde de la satire et du sérieux, comme vu précédemment, par exemple on regarde les Guignols sur Canal+ puis le JT de France 2. Cela permet d’apaiser les tensions avec un effet catalyseur, ainsi les gens vivent aussi dans la représentation durant leur phase critique et satirique. La représentation a donc bien un visage multiple mais qui vampirise tout autour d’elle.

La peur et l’isolement renforcés par la représentation du réel.

Mais les gens finissent par vivre comme dans une petite citadelle assiégée. Il y a une notion d’insécurité qui qualifie le moindre acte de violence. Dans la plupart des cas il s’agit de situations réelles mais l’abus se retrouve dans l’amalgame. L’insécurité passe par la vache folle jusqu’aux attentats. Ce sentiment de peur va structurer toutes les situations. La majorité des médias occidentaux posent l’insécurité comme l’un « des mythes centraux de leur fameuse taxinomie » (p.45). Il y a un nouveau découpage du monde avec les no man’s land qui sont également le lieu de préjugés. Par exemple l’idée que ce pays étranger doit voter bizarrement, que les droits des femmes y sont forcément malmenés, que c’est une dictature, etc. Cela est valable aussi pour ce qu’ils exportent. Exemple : en Albanie on préfère forcer les conversions catholiques par les Italiens que de voir les Emirats arabes construire une mosquée et offrir des foulard aux femmes bien qu’étant libre de les porter ou non.

Le monde de la communication ne pourrait exister sans ce « feedback » qui est l’acceptation d’une partie de la population de se couler dans sa propre représentation médiatique. Il s’agit de rompre avec l’isolement et l’exclusion mais cela crée des préjugés de part l’inconnu et l’ombre de ce que l’on ne connaît pas. L’obscurité n’est pas supportable parce qu’elle ne peut pas être représentée.

Pour les rares critiques de rupture, c’est à dire sans ambition particulière et sans chercher à remplacer autrui, et ainsi des personnes qui ne cherchent pas à prendre le pouvoir, ils sont accusés d’être négatifs et de manquer d’ambition. Pourtant il y a un changement de discours qui passe du « Je regarde » à « ça me regarde » et ceci rompt avec l’idéologie de la représentation. Ceci mène, par opposition, à la lumière et à un changement idéologique possible.

 

Pour conclure :

La cohérence est une question de croyance. Il y a comme une limite difficilement identifiable et individuelle qui nous paraît inacceptables, en dessous on dit juste que tel ou tel problème révèle d’un ordre supérieur et qu’il n’y a aucun moyen ni intérêt d’intervenir.

Mais pour Benasayag et Aubenas, il est question d’engagement. C’est un pari personnel et intérieur qui transforme la vision de l’individu. C’est un défi d’assumer la décision d’agir. Et en cas d’action vous êtes soit terroriste soit un héros en fonction de la société. Mais dans tous les cas vous avez réussi votre pari, votre engagement. Si l’on regarde le passé militant et engagé de Benasayag on comprend tout à fait sa vision de l’engagement. La presse doit donc s’engager dans une réelle rupture avec le modèle actuel de la communication.

Je trouve qu’il manque dans cet essai une aide précise sur comment se sortir de cette situation qui est décrite comme insupportable, on lit une avalanche d’accablement mais à la fin du livre on a pas de guide d’une révolution par étapes. Il s’agit principalement de constats, et l’on voit bien dans ce livre que les constats ne sont pas forcément source d’engagement ou de mobilisation pour un vrai changement. De plus la presse est personnifiée dans leur analyse. Elle a certes plusieurs visages mais il est à l’image de la presse c’est une représentation du réel car dans la réalité il existe des formes de presse marginales qui sortent des grilles de la presse décrire par ce livre. Je rajouterai que les grandes idées décriées sont actuellement valables mais le monde a évolué depuis 1999, la logique actuelle est encore plus perverse. Il y a un coté anticipateur en lisant ce livre. Bien qu’étant un ouvrage non scientifique, sans statistiques et données particulières, le côté essayiste de l’ouvrage nous laisse, au fond, faire notre propre conclusion et nous choisirons la manière de l’engagement mais il est sure que l’on ne regarde plus la presse de la même manière. Attention à ne pas broyer du noir car la lecture de ce bouquin m’a quelque peu paru moralisateur et acteur d’une situation désastreuse à laquelle individuellement je ne peux rien et que collectivement j’ai une infime chance d’agir, mais une chance quand même.

Je finirai sur l’engagement et la lutte moderne, il existe depuis l’événement d’internet des luttes différentes, qui utilisent les canaux médiatiques et donc la communication, sans en avoir le gout ni la saveur idéologique. La critique touche facilement le grand public à partir du moment où il partage des points communs, je citerai un d’entre eux, sous le pseudonyme d’Usul. Je joins à la suite, sans correction, son texte qui porte opinion sous les journalistes comme un « coup de gueule » contre des articles de presse jugeant hâtivement la responsabilité des jeux-vidéos dans les tueries récentes mais aussi contre les répliques hâtives de ces détracteurs. Bien que je n’approuve pas tout, il y a une insolence qui donne souhait de mobilisation, serons-nous prêt à changer nos médias ?

 

William Aumand – Décembre 2012

 

 

 

Annexe :

Ecrit le Lundi 17 décembre 2012 par Usul sur le réseau social Facebook.

« Bon eh, les gens, sérieusement, si vous arrêtiez un peu de perdre votre temps à vrombir vainement contre le traitement du phénomène jeu vidéo par les médias et les politiques… Évidemment qu’ils sont à côté de la plaque, qu’ils n’en mettent pas une dedans, qu’ils brassent de l’air et que leur criante incompétence prend beaucoup de colonnes pour rien. N’ajoutez pas vos protestations indignées et inutiles au raffut ambiant. Elles ne sont écoutées que par vous et les vôtres et quand bien même le discours dominant sur le jeu vidéo évoluerait-il, la même question se poserait, cette question qui devrait, elle, vous mobiliser tous, une question qui, j’en suis sûr, n’a pas manqué de vous interpeller tout de même: celle de la légitimité de ce discours dominant, de ses formes et de ses agents de diffusion.

Il est manifeste et incontestable que ces gens parlent en toute ignorance de cause, soit. Que ne saisissons nous pas cette occasion pour crier haut et fort qu’il n’y a pas que sur ce sujet que le champ journalistique et politique est coutumier du « fast thinking », du bricolage à partir d’idées reçues, de l’ergotage fat et du matraquage insolent.

Qu’il s’agisse d’économie, de politique ou de jeux vidéo, ce sont les mêmes coucous rouillés qui nous assènent les mêmes antiennes depuis des décennies, tout à fait assurés qu’ils sont d’avoir pour eux la légitimité, le bon sens, quand ce n’est pas le bon goût. N’est il pas temps de commencer à le dire et à s’organiser sans eux pour s’informer, réfléchir et construire, comme nous commençons à le faire dans le domaine qui est le nôtre?

Viendra un jour où ils péroreront sans que plus personne ne les écoute, c’est cela qu’il faut dire. Ces gens n’ont rien à dire, ces parasites du monde d’avant vomissent leurs dernières inepties, la presse coulera, elle a déjà bien sombré. Viendra un jour où l’on gardera d’eux un souvenir amer, un jour où tout ceci nous paraitra bien lointain:
« Te souviens tu, toi, des journalistes? Des experts? Des politiques? De ceux qui nous disaient ce qu’il fallait penser et qui ne s’écoutaient qu’entre eux?
-Non… c’est un peu comme les prêtres des temps anciens c’est ça? Une sorte de clergé qui dictait sa morale?
-Oui, comme eux ils maniaient la peur et les indulgences pour asseoir leur statut et leur confort, nous nous passons très bien d’eux » »

Source : https://www.facebook.com/pages/Usulmaster/153938251323731